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Par Laurent Denis, le 18 février 2005.
Mea maxima culpa : après avoir vaillamment résisté au pessimisme ambiant, me voici bien obligé de convenir qu'Internet Explorer est bien aujourd'hui, et sera sans doute demain plus encore, le boulet imposé du Web moderne. Les conditions dans lesquelles est annoncée la future version bêta de l'inespéré IE7 sont hélas explicites.
Le futur IE7, dont une version bêta devrait être disponible cet été, sera conçu, me dit-on, avec comme priorité une sécurité accrue pour l'utilisateur, et même, selon le blog officiel d'IE : ira plus loin pour protéger l'utilisateur du phishing aussi bien que des applications trompeuses ou malveillantes
.
La concrétisation tant attendue du virage annoncé par Microsoft en... 2002, avec Trustworthy computing, est une excellente chose. Et je ne peux que m'en féliciter en pensant aux utilisateurs de ce navigateur. Mais, j'en suis navré, je n'ai pas attendu depuis janvier 2002 pour prendre en main ma sécurité.
En effet, pour ma part, IE7 arrivera tout simplement trop tard, car d'autres navigateurs font preuve depuis longtemps d'un souci nettement plus probant de la sécurité pour leurs utilisateurs, qu'il s'agisse d'Opera, de Firefox, ou d'autres. D'autre part, la restriction des meilleures avancées sécuritaires de Microsoft à Windows XP SP2, et l'acceptation obligée du DRM, le mettent hors jeu en ce qui me concerne : le respect de ma vie privée est aussi, à mes yeux, une exigence de sécurité, et Microsoft laisse planer trop de doutes dans ce domaine depuis longtemps.
Enfin, en bon consommateur averti, j'observe régulièrement les comparatifs de niveau de sécurité offerts par les différents navigateurs, et la réactivité de leurs développeurs aux attaques. Je sais d'autre part que la sécurité est autant affaire d'auto-discipline de la part de l'utilisateur que de sécurité intrinsèque de l'application. Rien de tout cela ne me convainc donc de faire machine arrière et de revenir sur mon souci d'utiliser un système d'exploitation respectueux de l'utilisateur, ni sur mon choix actuel d'un navigateur moderne.
Modernité du navigateur, en effet : voilà un autre facteur de choix. Cette modernité se mesure tout d'abord dans le confort que m'offre le navigateur quand il s'agit de... naviguer.
En 2001, J'ai opté avec Opera5.0 pour le premier navigateur crédible offrant des fonctionnalités natives de navigation multi-fenêtrée avancées (tabbed browsing) et d'un mode de zoom intégral, tout simplement parce que les multiples sessions d'Internet Explorer avaient un degré de confort et de stabilité très inférieur au zéro absolu, et qu'IE était capable, au mieux, d'agrandir certains textes et en aucun cas autre chose (Cela n'a pas changé). Je ne suis pas allé chercher plus loin que cela, à cette époque : j'avais désormais un navigateur agréable à utiliser, même s'il ne me dispensait pas de continuer à utiliser IE sur des sites auxquels il ne donnait pas accès (C'est aujourd'hui extrêmement rare avec les versions récentes d'Opera).
Depuis lors, je suis, avec un certain amusement, un utilisateur captivé d'Opera (et non un utilisateur captif) : fonctionnalité après fonctionnalité, au fil de ses versions successives, ce navigateur a enrichi mon expérience utilisateur de nombreuses libertés nouvelles : interface entièrement personnalisable, mouse-gestures ou navigation avancée au clavier librement configurables, styles utilisateurs, recherches personnalisables, notes, utilisation avancée des favicon, commandes vocales, autodétection des fils RSS, recherche rapide dans les favoris, l'historique, les notes, les mails, etc, récupération des sessions antérieures, adaptation constante de la présentation des sites à la résolution de mon écran (avec la technologie ERA)... J'en passe et sans doute des meilleures.
J'aurais pu, tout aussi bien, adopter Firefox : celui-ci a amplement prouvé sa capacité à s'enrichir, par le biais des extensions, de fonctionnalités similaires. Firefox est très exactement ce qu'Internet Explorer aurait pu – ou aurait dû – être : un navigateur basique extensible, pour le plus grand bénéfice de l'utilisateur.
Que l'on préfère Opera ou Firefox, peu importe : c'est affaire de goût personnel. L'important est que nous avons en commun un vaste choix de fonctionnalités améliorant notre expérience de navigation, dans une application librement personnalisable. A l'inverse, les utilisateurs d'Internet Explorer attendent encore que Redmont juge enfin digne d'intérêt leur aspiration à un minimum de confort.
Il faut dire en effet que la navigation telle que la conçoit Microsoft est vraiment, de nos jours, une expérience unique : aucune des fonctionnalités de base d'un navigateur moderne n'est supportée dans l'IE6.0 d'aujourd'hui, qui fait figure de vénérable Trabant du Web. Alors, Demain peut-être ? Dans IE7 ? Soeur Anne, soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?
Hélas, lorsque je lis Internet Explorer Feature Requests sur Channel9 Wiki, je comprends que de telles demandes ne sont pas jugées prioritaires par Microsoft (certaines réclamations devront attendre une autre version majeure...
), que ça coince quelque-part, que c'est compliqué à mettre en oeuvre, car vous savez, notre navigateur n'est pas juste un navigateur, c'est bien plus que cela... Je n'en doute pas, puisque vous le dites. Mais ce n'est pas pour l'été 2005, ou pour la semaine des quatre jeudis en 2006, que j'avais besoin d'un navigateur évolué : c'était hier, en fait.
Ah... C'est vrai : je pourrais, comme Microsoft m'y invite, m'en remettre aux diverses surcouches d'IE, expression magistrale de la frustration généralisée de son fameux ecosystème (nous avons le grand avantage de cet écosystème des concepteurs de logiciel qui sont une valeur ajoutée à notre plateforme.
). Certains utilisateurs en semblent très satisfaits, et je m'en réjouis pour eux. Mais à ce stade, il faut aborder ce qui m'éloigne encore davantage d'IE, et à quoi tous les Maxthon et autres Avant Browser de l'écosystème ne pourront pas remédier : l'incapacité patente d'IE à l'innovation dans le cadre des standards Web.
Il y a quelques années, IE5 Mac a été l'une des avancées les plus notables du moment en matière de support du standard CSS2.0. Cela peut faire sourire aujourd'hui, mais Tasman (le moteur d'IE5 Mac) a, en son temps, témoigné de la capacité de Microsoft à innover dans le sens des technologies standards. L'essai est hélas resté inachevé, et son principal artisan a quitté l'entreprise Microsoft.
Recentré sur Windows-Longhorn, le développement d'Internet Explorer est de ce côté depuis longtemps en panne apparente. Microsoft concentre ses annonces sur le thème de la sécurité, et esquive la question du support d'XHTML (le type de contenu application/xhtml+xml), d'une implémentation CSS2 correcte, pour ne pas dire complète), sans compter la transparence PNG. Le tout forme le noyau dur de la conformité minimale d'un navigateur moderne : nous ne parlons même pas d'innovation, là, en fait, mais des acquis élémentaires des navigateurs actuels, et de la capacité des applications Microsoft à implémenter les formats standards qui font aujourd'hui avancer le Web. Or, quel est, ajourd'hui, le frein majeur à l'adoption des techniques CSS2 de base ? Il suffit de parcourir quelques forums de développeurs pour y trouver la réponse : les multiples questions suscitées par le support défectueux des CSS dans IE sont éloquentes.
Et pourtant, faut-il le rappeler ? De ce point de vue, IE7 existe déjà depuis un an, sans rien devoir à Microsoft. Enfin, disons... un IE7 au support HTML-CSS partiellement amélioré par la bande. Quoi qu'il en soit, cela semble suffire à Microsoft, pour qui il n'y a manifestement pas urgence à terminer Internet Explorer : tout indique, dans le discours de Microsoft, que ces questions ne sont pas plus prioritaires que celles des fonctionalités de navigation que nous avons évoqué ci-dessus.
Si nous en venons maintenant à l'innovation proprement dite, force est de constater qu'elle est aujourd'hui exclusivement le fait d'autres navigateurs : tandis qu'Opera explore le terrain de l'interaction vocale avec X-Voice, Mozilla s'aventure sur celui d'X-forms (sans compter XUL, une technologie actuellement non standard, mais particulièrement prometteuse). Certes, nous pourrions chercher la petite bête, et regretter que ces deux navigateurs peinent à implémenter SVG. Mais rappelons-nous tout de même qu'IE, lui, peine encore à implémenter HTML4.01, qu'il s'agisse des liens relatifs, des styles alternatifs, d'éléments comme abbr, etc. L'innovation ne peut être qu'hors de portée d'un navigateur qui en est encore à boucher les trous des technologies les plus élémentaires.
IE7 sera sans doute un navigateur mieux sécurisé. Et c'est une bonne, un excellente nouvelle. Il offrira peut-être, comme on me le promet, une expérience inégalée de navigation sous Windows [NDT XP SP2 uniquement]
... Mais, faute de pouvoir ou de vouloir répondre à certaines attentes, je crains qu'il ne soit, dès sa version bêta, un navigateur périmé avant d'être né.
[Mise à jour 2005-02-18] Ne manquez pas la remarquable analyse d'IE7 par Pascal Chevrel, qui montre très bien comment Microsoft est en plein rétropédalage
. [/Mise à jour]
1. Le 24 février 2005 à 13:26, de Made in Taiwan
Depuis la sortie de Firefox 1.0, et surtout depuis que les statistiques indiquent clairement que Firefox et les autres navigateurs modernes sont de plus en plus utilisés par le public, Microsoft a décidé de contre-attaquer, en faisant ce qu'ils...
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Commentaires
Moz, le 18 février 2005
Prochaine étape : ta conversion à linux ?
Olivier, le 18 février 2005
Roooh pas toi Laurent... tutututututu...
En arriver à lâcher des supposition sur un truc plus flou que la vue de mon arrière grand mère...
FlorentG, le 18 février 2005
En tous cas, l'annonce d'IE7 sur le blog officiel a déchainé les passions, plus de 740 commentaires !
Laurent Denis, le 18 février 2005
Florent : c'est pôurtant, d'un certain point de vue, un non événement.
Normand Lamoureux, le 18 février 2005
Merci pour cet article documenté et équilibré, Laurent. Ça fait vraiment le point sur la situation.
Gilles, le 19 février 2005
Et si IE7 se met aux standards CSS ? Pourquoi pas ?
Groumphy, le 20 février 2005
Hello,
Je pense que si IE7 déclanche une telle "passion", c'est parce qu'il est le plus répendus et le plus connus "du grand public"...
De ce fait, la moindre sortie "du dieux Microsoft" (excusez-moi...) est considéré comme une sommité, un évenement.
Cependant, comme déja cité moultes fois, la seule chose que Microsoft cherche à conquérir par la sortie pratiquement couplées de MSNSearch, Internet Explorer 7 c'est le marché des annonces, le gain de la popularité de son moteur et freiner l'expension de FireFox, Opéra et autres...
Excellente journée,
Ulmo, le 23 février 2005
Héhé, beaucoup de remue ménage pour un VaporWare dont personne ne voudra a part les utilisateur qui seront encore sous IE lors de sa sortie.
Moi, ca m'exite de voir Microsoft commencer à gesticuler parce qu'il y a des foumis qui grattent. Vu que l'adoption (de FF ou Linux) sont exponentielles (sisi, mais on est au tout tout début de la courbe), ils vont gesticuler de plus en plus et j'en rigole d'avance.
S'ils peuvent pas brider les OSS avec la loi, ils vont tout perdre petit à petit.
Mais ca va prendre du temps, ils vont s'assecher d'abord
Chronos, le 29 juillet 2005
Le seul probleme est que IE sera pour la pluspart des gens la solution la plus simple !! c facile pour des gens compétents de voir les failles chez les logiciels de microsoft mais tant que l'on imposera pas un Windows sain (pas de messenger, pas de media player, IE et autres conneries) les gens n'iront jamais voir ailleurs
Robert, le 23 mars 2006
Un article élégant écris par un internaute averti, indépendant et sans zèle partisan. Voilà ce que je cherchais pour mon information. Bravo Laurent !
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