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L'accessibilité Web n'est pas une somme de réponses spécifiques à des handicaps

Par Laurent Denis, le 17 février 2006.

Je rebondis sur ce témoignage de Tanguy Loheac (Chargé de projet accessibilité à l'association BrailleNet) signalé par Matthieu Faure :

Le premier conseil que je donnerai aux concepteurs de site Web qui sont motivés pour rendre leurs pages accessibles est de ne surtout pas essayer de se mettre dans la peau de chaque personne handicapée qu'ils souhaitent toucher. C'est l'échec assuré. Ils dépenseraient une énergie inutilement car il y a autant de handicaps que de personnes handicapées et autant de manières de naviguer. Mais comprenons-nous bien, ceci n'interdit nullement de faire tester son site ou ses gabarits par une ou deux personnes handicapées si on a la chance d'en avoir dans son entourage. Le corrolaire est qu'il faut banir cette fausse bonne idée qui consisterait à faire des sites dédiés à un type de handicap.

Concevoir l'accessibilité Web sous forme de "rampes d'accès" spécialement aménagées aux abords d'un bâtiment est en effet une démarche très problématique. Qu'il s'agisse de solutions complètes créant un canal parallèle de diffusion du contenu, ou de dispositifs de détail intégrés dans la page Web, cette approche ne bénéficie qu'à un nombre réduit d'utilisateurs, là où le document Web a de multiples contextes d'utilisation. D'autre part, à des degrés différents, ces surcouches d'accessibilité ne sont généralement pas des investissements avisés et durables :

  • Faute de reposer sur des formats et des normes conçues pour leur interopérabilité et leur pérennité,
  • Et/ou faute de tirer profit de la complémentarité entre accessibilité du contenu (WCAG), accessibilité du navigateur (UAAG) et accessibilité des outils de production du contenu (ATAG).

A titre d'exemple, ajouter à la page un dispositif javascript ou client/serveur d'agrandissement des caractères, de personnalisation des couleurs ou de la mise en page ne résoudra souvent qu'en apparence l'inaccessibilité d'une présentation défectueuse : ce dispositif ne sera pas nécessairement lui-même accessible à des utilisateurs "imprévus" (à moins peut-être d'y consacrer un temps considérable) ; il ne sera pas aussi fonctionnel et complet que celui du navigateur et des outils d'aides - et vos utilisateurs pourraient d'autant plus exploiter leurs propres outils que vous joueriez le jeu des normes - ; il vous fera en outre courir le risque de passer à côté d'autres facteurs d'inaccessibilité que vous ne pouviez prévoir vu le trop grand nombre d'écueils potentiels.

Ces dispositifs, tout comme ceux qui vont vous permettre de publier une seconde version de votre site (par exemple en synthèse vocale) peuvent être un ajout optionnel de confort de portée limitée. Mais à partir du moment où l'accessibilité du contenu n'en dépend pas.

La clé de l'accessibilité est de ne pas pré-supposer la "bonne" manière pour l'utilisateur d'accéder au contenu. Il s'agit au contraire de lui fournir un contenu qui, via le respect des standards, lui laissera le libre usage d'outils eux-mêmes appuyés sur ces standards. On peut faire le parallèle suivant :

  • pour que les contenus HTML puissent être réutilisés sur de multiples médias, pour qu'ils puissent évoluer et durer au fil des nouveaux besoins et des nouvelles possibilités, on a compris qu'il fallait les séparer de leurs données de présentation. C'est à dire qu'il faut que la structure ne préjuge pas des utilisations qui en seront faites (l'afficher ici ou l'afficher là, le lire via une synthèse vocale, l'imprimer, le transformer, l'indexer, etc.) De cette manière, chacune des machines qui assumera l'une ou l'autre de ces fonctions disposera d'un contenu "standard" exploitable au mieux de ses capacités, sans que vous ayez à assumer l'impossible et coûteuse gestion de multiples contenus spécifiques. La structure devient plus abstraite pour être mieux déclinable.
  • de la même manière, pour atteindre ses objectifs d'universalité et de pérennité, l'accessibilité doit renoncer à se définir comme une somme sans fin de réponses à des handicaps particuliers. Tout comme le XHTML2.0 est un format plus abstrait que le HTML3.01, WCAG2.0 sera plus abstraite que WCAG1.0. On lui en fait déjà parfois le reproche (et ce n'est sans doute pas fini), mais c'est en fait l'une de ses grandes avancées.

Trackbacks

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Commentaires

clb56, le 18 février 2006

Le point très notable que l'on trouve dans l'article cité c'est l'importance accordée a la perception linéaire des documents.

Cela donne quand même un point d'ancrage très fort pour un travail en amont sur une accessibilité pensée de manière très générale.

on se retrouve donc finalement avant même d'envisager des traitements complexes avec un outil très puissant à trois facettes.

Les standards en général comme tu l'indiques.
L'organisation générale des documents en tenant compte du flux.
Le renforcement de la signification de celui ci par la structuration via un balisage ad hoc.

Jérémie, le 18 février 2006

Excellente démarche, et bon billet. Ca fait un bail qu'on essaie de l'expliquer, une voix de plus est toujours profitable.

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