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Nofollow et jugement de valeur

Par Laurent Denis, le 26 janvier 2005.

Ah... j'y reviens, parce c'est décidément très amusant. Ou plutôt, parce que ce machin suscite davantage de questions qu'il n'apporte de réponses probantes.

Une des rares choses à peu près censées dans les indications données par Google sur le "nofollow" est très claire. L'usage du "nofollow" est destiné aux zones publiques d'un site, où le responsable du site ne peut filtrer a priori les liens relevant du spam : commentaires d'un blog, trackbacks, wikis, livres d'or, listes de referer, etc. Et il n'est destiné qu'à fournir à certains moteurs de recherche une information qui n'a de sens que pour eux, et qui leur permet d'appliquer un traitement spécifique au lien concerné, dans un unique but avoué : décourager le spam.

Autrement dit, il ne constitue en aucune manière un moyen de hiérarchiser des liens au sens d'un jugement de valeur. Il ne permet pas de dire "je ne veux pas contribuer au positionnement de ce lien parce qu'il n'apporte rien à la discussion" (C'est le "parce que" et ce qui suit qui est problématique), ou à l'inverse "ce lien est légitime" (Le nofollow ne légitime rien en l'absence d'un système de valeur exploitable par tous, c'est à dire normalisé). Il permet simplement de dire, sans autre implication, "Google, MSN, Yahooh!, et consors : ce lien est affublé du nofollow que vous exploitez chacun à votre manière".

Mais, inévitablement, on s'empresse de dériver le "nofollow" en lui faisant jouer un tout autre rôle, avec l'illusion qu'il redonnerait à l'auteur un certain contrôle sur le "poids" des liens présents dans ses oeuvres. Prenons un exemple :

Voici la hiérarchie entre liens imaginée par François Nonnenmacher :

  1. les liens que je place dans mes billets
    1. ceux que je traite normalement
    2. ceux que j'affuble délibérément d'un nofollow parce que je ne veux pas contribuer à leur positionnement
  2. les liens que d'autres que moi placent sur mon site, via des commentaires ou des liens croisés
    1. les liens que je décide de traiter normalement car ils sont légitimes et apportent quelque chose à la discussion
    2. les autres liens, sur lesquels je mets une capote tant que je n'ai pas décidé qu'ils apportent quelque chose à la discussion

(...)

Voilà une utilisation qui va bien au-delà de la lutte contre le spam. Je trouve affligeant que les mêmes qui fustigent le côté robotisé de Google se plaignent quand on leur fournit enfin un outil qui va permettre à des humains d'affiner la valeur de chaque lien, un par un !

Tout ceci est illusoire :

  • Dans un <a href="http://exemple.org/" rel="nofollow">, rien n'associe François Nonnenmacher au vote ainsi formulé sur la cible du lien, que ce soit dans un billet ou dans un commentaire de son blog (où ce serait d'ailleurs plutôt à l'auteur du commentaire de formuler ce vote). En d'autres termes, il manque un mécanisme reposant sur une URI identifiant François Nonnenmacher et l'associant à son vote. En son absence, qui établit à sa guise cette hiérarchie ? Personne, ou peut-être Google. Le supposé "contrôle" accru de l'auteur sur ses liens est une illusion.
  • rien ne différencie le "nofollow" par défaut imposé par une solution de blog partenaire de Google ("no follow" donc à priori dénué de sens) du "nofollow" volontairement placé dans un billet ou maintenu dans un commentaire par François. Quelle est la valeur d'une hiérarchie aveuglément induite par des systèmes mécaniques ?
  • rien ne lui permet de différencier vote positif et vote blanc dans le cas d'un lien dépourvu de "nofollow". Pas de neutralité... La prise de position devient obligatoire.
  • rien ne permet de conserver trace d'un revirement, information pourtant essentielle, via une date. L'amnésie, à présent.
  • rien n'assure la pérennité de ce vote, ou du moins de sa signification : Google nous a abondamment montré par le passé la volatilité de ses mécanismes. Qui me dit que, créé unilatéralement, ce "nofollow" ne changera pas tout aussi unilatéralement de fonction pour Google, un de ces quatre matins ?
  • rien enfin ne définit la nature de ce vote : n'importe quel moteur de recherche ne s'associant pas à cette initiative est libre d'interpréter la présence d'un "nofollow" à sa guise. Il manque un profil, un vocabulaire normalisé, extensible, exploitable en dehors du cadre étroit d'un moteur de recherche... Bref, une de ces affreuses normes qui brident la créativité de ceux qui vont trop vite en besogne smiley clin d'oeil

Pour être clair, ce n'est pas la chose en elle-même qui me gêne, ni son possible manque d'efficacité, ni ma paranoïa de blogueur à l'égard d'un moteur de recherche en position dominante : c'est sa totale impréparation.

Trackbacks

1. Le 07 février 2005 à 13:53, de Internet Info by Bpol

Les liens "rel=nofollow"

Depuis quelque temps on parle beaucoup d'un nouvel élément html reservé aux moteurs, qui les empêche de suivre un lien. Ceci est destiné à lutter contre le spam des blogs. (dotclear va bientôt inclure le système). A un certain terme, ce...

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Commentaires

karl, le 01 février 2005

ditto.

Ajouté au fait que cela n'éliminera pas le spam du tout.

Charles Nepote, le 02 février 2005

Pleinement d'accord avec les différents billets de Laurent sur le sujet, je m'interroge sur le succès apparent de cette solution au près de la blogosphère. Dans le domaine francophone, elle a été notamment soutenue très tôt par des blogueurs renommés, habitués à une critique sans concession. Avec le temps, je ne serais pas surpris d'observer nombre de marches arrière -- tout à l'honneur des protagonistes --, voire des initiatives du genre "Je ne roule pas pour Google". De facto et pour n'évoquer que le seul cas de mon moteur de wiki préféré ;), WikiNi ne roulera pas pour Google...
Ce qui ne veut pas dire non plus qu'il faut baisser les bras. Parmis les pistes : www.wikini.net/wakka.php?...

Laurent Denis, le 03 février 2005

Je me demande dans quelle mesure ce soutien impulsif donné au nofollow dans le monde des blogs n'est pas dû surtout au côté très "territoriaux" de ceux-ci ?

Beaucoup de blogueurs semblent dire "Mon blog, c'est **mon** territoire". Chacun le marque à sa façon, et le contenu extérieur (commentaires) est facilement vécu comme une agression potentielle. Une porte qu'on veut bien ouvrir... jusqu'à un certain point.

Je trouve très suggestif le fait que le nofollow ait été présenté d'abord comme un outil mis au service des blogs, alors que son champ d'application potentiel est beaucoup plus large, selon Google lui-même. Et qu'il ait été justement perçu comme une reprise de contrôle des commentaires par les blogueurs...

La manière dont les wikis abordent le problème du vandalisme est assez différente, AMHA.

Philippe Worontzoff, le 04 février 2005

C'est étonnant cette vision propriétaire d'un blog, moi, je concidaire plutôt mon blog comme une occasion d'aborder des sujets qui m'interresse et d'y disserter avec les gens qui laissent des commentaires. Le problème, c'est que peu de monde y interviens, enfin, il a ouvert il y a peu de temps, c'est peut-être ça...

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